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Dédramatiser

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Nous avons appris ou plutôt désappris depuis des siècles aux êtres humains à écouter notre nature profonde. Il est inscrit dans nos gênes, l’histoire de notre espèce, que nous possédons des capacités cognitives mais surtout affectives. Nous avons une capacité incroyable qui se traduit par le simple fait de ressentir une émotion. Ceci est tellement naturel que nous ne prenons pas conscience de la richesse et de la valeur de ce pouvoir.

Nous ressentons principalement deux émotions l’Amour et la Peur. A ceci s’ajoute en sous catégorie, l’Envie, la Colère et la Tristesse. A ceci s’ajoute encore en sous catégorie une quantité innombrable d’émotions que l’on peut retrouver dans toute la littérature psychologique (voir échelle des émotions dans “les outils”). A tout cela s’ajoute un autre pouvoir qui est celui de ressentir ce qu’un congénère ressent et de rentrer en empathie avec lui et/ou d’être compatissant.

Malheureusement ce pouvoir extraordinaire de ressentir ce qu’un autre ressent est depuis longtemps devenu un défaut, qui de surcroît peut entraîner une perte de temps. On nous apprend à ne plus être humain, à être froid, à ne plus ressentir, à garder nos distances, à prendre les émotions comme de la mièvrerie, de la faiblesse, un manque d’intelligence, et tout un tas de choses associées qui sont très négatives. Nos émotions sont inadéquates dans cette société. C’est un mal au lieu d’être un bien.

Jean Liedloff qui a vécu dans une société primitive parle de cet homme qui a souffert le martyr devant toute la tribu et qui s’est réfugié comme le font nos enfants, sur les genoux de sa femme pour pleurer. Dans sa société, il est admis et normal d’avoir des émotions et de les exprimer librement. Dans notre société, aucun homme ne pourrait pleurer librement sans avoir un regard rempli de jugement. “Un homme ne pleure pas” par exemple. N’est-ce pas nous déposséder de ce merveilleux pouvoir qu’est le simple fait de vivre nos émotions?

Dans mon cabinet, mes patients, hommes y compris, pleurent devant moi, ils savent qu’ils ne seront pas jugés. Et que se passe-t-il quand ils pleurent ? Ils se libèrent. Ils sécrètent des molécules endorphines tout comme lors d’un immense effort physique que l’on peut trouver en faisant du sport. L’individu est soulagé. Notre corps est une machine incroyablement complexe et bien faite. Grâce à nos émotions on peut s’auto réguler, s’auto guérir, libérer des tensions et se réajuster, se rééquilibrer en permanence dans nos émotions, nos sensations et nos humeurs.

Que se passe-t-il ou plutôt que devrait-il se passer lorsque un humain est présent lorsqu’un de ses congénères vit une émotion ? Et bien nous devrions naturellement être emphatique, se mettre à la place de l’autre et être compatissant. Hors c’est tout l’inverse, nous n’avons pas le droit de pleurer, d’avoir peur, d’être en colère, de désirer à haute voix, ou pire d’être heureux et joyeux. Il est très adapté socialement d’être discret, agréable et si possible de ne rien laisser passer en émotions pour ne pas être taxé de marginal ou de mauvais caractère …

Sauf que les gens souffrent énormément en réalité de ne plus pouvoir être de vrais humains, libre de vivre leurs émotions sans jugement. Ainsi lorsqu’une personne ou un enfant vit une émotion “il faut impérativement Dédramatiser”. Il semblerait que ce soit une question de vie ou de mort, “vite, vite” il faut ramener la personne ou l’enfant à la raison en niant intégralement ce qu’elle ressent. Pour un enfant qui tombe et se fait mal il faut faire comme si on ne l’avait pas vu, on le dénie dans ce qu’il vient de vivre, qu’il se soit fait mal ou pas, c’est le même traitement. Si une personne vient à se plaindre auprès d’un autre adulte, l’adulte qui écoute ne peut absolument pas s’empêcher de donner des conseils et de le faire relativiser au plus vite, d’essayer d’éteindre l’émotion comme si un feu allait se propager à la vitesse d’un vent violent. Il faut vite l’écraser, la faire taire, l’éteindre, voir l’anéantir.

Et si nous, l’on rentrait dans le drame plutôt que de dédramatiser? Mon expérience aussi bien dans mon cabinet que dans ma vie privée m’a montrée qu’une personne accompagnée dans son drame dédramatise toute seule justement parce qu’elle est accueillie. Ecouter une personne dans l’émotion sans parler, c’est faire preuve de compassion. La compassion c’est la guérison de l’âme. La compassion est le plus grand acte d’Amour que l’on puisse offrir à une personne dans l’émotion. Nous en sommes capable, c’est inscrit dans notre nature mais l’on nous désapprend à être compatissant, considérant cette attitude comme étant un comportement inadapté dans notre société. Compatir, c’est rentrer dans le drame de l’autre, c’est l’écouter, c’est le reconnaître intégralement dans ce qu’il est en train de vivre. La personne accompagnée se libère, entendue, écoutée, reconnue, aimée, elle guérit sous nos yeux.


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